Au cœur de Sétif se dresse une fontaine monumentale dont l'aura dépasse largement le cadre architectural. Chef-d'œuvre de la sculpture, elle représente une femme dénudée juchée sur un rocher haut de deux mètres, offrant une eau pure jaillissant d'amphores antiques. Plus qu'un monument, Aïn El Fouara est une "fontaine humanoïde" adoptée et chérie par une population dont les valeurs se confondent avec l'humanisme.

L'épopée d'une Naïade : De Paris à Sétif

L'histoire de cette œuvre débute bien avant son inauguration officielle. Sculptée par Francis de Saint-Vidal (1840-1900), la statue fut d'abord la vedette de l'Exposition Universelle de Paris en 1898.

Son voyage vers les Hauts-Plateaux fut une véritable expédition : débarquée au port de Skikda, elle fut transportée sur une charrette pendant 12 jours pour atteindre Sétif en juillet 1898. Installée à proximité de la mosquée El Atik, elle fut alimentée par les eaux des anciens bains romains du jardin Barral, offrant immédiatement fraîcheur et émerveillement aux habitants et aux conducteurs de calèches.

Un destin mouvementé : Entre vandalisme et résurrection

Incarnation de l'amour et de la beauté, la statue a pourtant dû faire face à la "bêtise humaine". Elle subit des tentatives de dégradation en 1986, puis fut la cible d'un attentat à la bombe en 1994.

Le traumatisme fut immense pour les Sétifiens, qui virent leur symbole amputé. Cependant, grâce à la volonté de la population et à l'adresse d'artistes restaurateurs qui utilisèrent de la poudre de marbre pour colmater ses blessures, la naïade a retrouvé toute sa splendeur originale, fidèle à la vision de son créateur.

Fontaine Ain El Fouara

Mythes et traditions au quotidien

Aujourd'hui, Aïn El Fouara reste un repère urbain et spirituel. Si certains rituels ancestraux y laissent parfois des traces de henné, la municipalité et des mains bienveillantes veillent jalousement sur sa propreté.

Le mythe le plus cher aux cœurs des habitants reste celui de l'hospitalité :

« Qui boira de l'eau d'Aïn El Fouara, y reviendra un jour. »
Cette promesse de retour a séduit, au fil des décennies, d'illustres personnalités et des milliers de visiteurs, tous captivés par le charme intemporel de la "source du parasol".