Il s'agit d'une petite historiette, d'un grand amour, d'un défi social face aux tabous qui régissaient la cité, plus puissants qu’un maître colonial, tant sur le plan affectif que relationnel.

Lazreg est originaire de la banlieue sétifienne, à proximité de Mezloug, dans le village des Ouled Melloul. Là, vivent encore de nombreuses familles installées depuis des générations, comme les Serrai. Selon le bouche-à-oreille, toute l’histoire repose sur une preuve d’amour incontestable.

L’adorée, dont le nom reste secret, demanda un jour à son bien-aimé Lazreg – un homme réputé beau, fort et prospère, qui venait tout juste d’acquérir une machine agricole, les toutes nouvelles moissonneuses-batteuses – comment fonctionnait ce mastodonte mécanique qui émettait un vrombissement jamais entendu auparavant. Lazreg lui expliqua avec soin l’objectif et l’utilité de cet engin. Fascinée par cette prouesse technologique, elle supplia son amoureux de le mettre en action. Nous étions au mois de mars, la terre ne montrait que de petites touffes verdâtres : la période de germination était à peine commencée.

Une Idylle Melloulienne : Lazreg et son grand amour

Une Idylle Melloulienne : Lazreg et son grand amour

Pour Lazreg, cette demande n’était pas seulement un souhait de sa bien-aimée, mais également une occasion de s’illustrer face à son environnement et de relever tous les défis qui se présentaient. La beauté et la grâce de sa dulcinée, admirée par tous, y compris par le hakem de la région, rendaient l’instant encore plus précieux.

En ce mois de mars, malgré le gel, Lazreg ordonna à ses métayers, ébahis, de moissonner ses immenses champs. La machine grondait, fauchant avec audace les quelques tiges émergentes de la terre noire de Melloul. Les spectateurs, stupéfaits, ne comprenaient pas ce qui pouvait pousser un homme à débuter ainsi l’écriture d’une histoire qui deviendrait mythique et légendaire. Avec un léger sourire sur ses lèvres gercées par le froid, Lazreg savourait la joie visible dans les yeux brillants de sa muse. Pour lui, l’essentiel était de voir son amante heureuse. La machine, elle, fascinait uniquement la jeune fille, ignorante des efforts colossaux que son simple souhait avait déclenchés.

Ainsi se tissait, entre gestes et prouesses, le tissu romanesque de cette idylle melloulienne, où la passion, l’audace et l’amour s’entremêlent dans une légende locale.

Selon El Yazid DIB