Le massif du Guergour s'insère dans une formation rocheuse de grès rose entre la ville de Sétif et la mer Méditerranée. Les artisans de cette charmante région ont su adoucir la rudesse du climat en créant des tissages qui allient la force montagnarde à la grâce héritée des contrées orientales lointaines. Cependant, la fabrication artisanale du tapis de haute laine semble avoir décliné dans cette région au fil du temps.
Le tapis appelé "Guergour" présente une grande analogie avec le style d'Anatolie, une connexion inattendue pour un tissage situé au cœur de la petite Kabylie. Le lien avec la Turquie est évident grâce aux compositions classiques. Les "reggams" (tisserands) ont adapté les formes aux dimensions majestueuses (de sept à huit mètres de longueur) tout en conservant une décoration symétrique : le motif central est doublé, les écoinçons sont allongés et les registres de calage sont augmentés aux extrémités.
L'encadrement est formé d'une série de bordures où de longues feuilles dentelées et chevronnées évoquent des rameaux stylisés. La monotonie est évitée par un délicat effet de couleur : sur un fond bleu sombre ou noir, des listels secondaires font serpenter une tige claire entre des fleurs et des boutons d'attaches contrastés.
Le "mihrab" et les registres de calages arborent un beau rouge profond, ponctué de reflets violacés de cochenille ou de garance cuivrée. Sur le velours, on observe un médaillon à fond vert sombre rehaussé d'une large composition florale (anémones claires, lys roses, fleurs imaginaires) dont le rouge des écoinçons s'adoucit d'un sertissage ocre ou rose.