Figure de proue du football algérien des années 1980, Nacir Adjissa fut bien plus qu’un joueur. Artiste du ballon rond, maître du tempo et homme d’une discrétion rare, il a profondément marqué l’histoire de l’Entente Sportive de Sétif (ESS).

Nacir Adjissa : l’enfant du « Village Nègre » devenu roi d’Afrique

Une formation à l’école de la rue

Né le 31 mars 1957 à Sétif, au sein d’une famille nombreuse et modeste, Nacir Adjissa forge très tôt son talent sur les terrains vagues du quartier populaire du « Village Nègre ». Sa virtuosité naturelle est telle que les aînés viennent le chercher directement chez lui pour disputer des matchs improvisés.

Par sens des responsabilités, il quitte prématurément les bancs de l’école afin d’aider son père, travailleur infatigable. En 1974, il signe enfin sa première licence à l’US Madinet Sétif (USMS), son club de cœur. Malgré son jeune âge, il s’impose immédiatement en équipe senior par son intelligence de jeu et sa technique hors norme.

L’anecdote de la moustache : un début burlesque à l’ESS

En 1981, alors qu’Abdelhamid Kermali est à la recherche de nouveaux talents pour renforcer l’ESS, un joueur chétif se présente aux sélections. Vêtu d’un short orange, chaussé d’espadrilles militaires et arborant une moustache soigneusement taillée, il est pris pour un vétéran de plus de trente ans… et immédiatement recalé.

Il faudra l’intervention de Laïd « Tarzan », ancien gardien du SAS, lors d’une mémorable partie de dominos, pour corriger l’erreur :

« Le gosse n’a que 23 ans, il sort du service national ! »

Intrigué, Kermali envoie aussitôt une délégation dans le quartier du « Village Nègre ». Le malentendu dissipé, Adjissa rejoint l’ESS, où il deviendra rapidement le meneur de jeu emblématique du club.

L’apogée : l’Afrique à ses pieds

Pendant près d’une décennie, Nacir Adjissa régale le public sétifien. Son sens du jeu, sa vision périphérique et sa maîtrise du tempo atteignent leur sommet à la fin des années 1980.

  • 1988 – Coupe d’Afrique des Clubs Champions : architecte du sacre continental lors de la finale historique disputée à Constantine.
  • 1989 – Coupe Afro-Asiatique : confirmation de son statut de maître à jouer de dimension internationale.

Le « Grand Monsieur » : caractère et élégance

Sur le terrain, Adjissa était un pince-sans-rire légendaire, capable de désarçonner ses adversaires par des répliques devenues cultes, comme ce fameux : « Le cinéma va commencer ! »

Hors des projecteurs, il fuyait la célébrité, évitant les grandes artères de Sétif pour ne pas être reconnu. Par modestie, il refusa à plusieurs reprises le brassard de capitaine, préférant diriger le jeu plutôt que les hommes.

« Nacir jouait au football comme il respirait. »
— Nourdine Messahel, ancien gardien de but

En 1994, il effectue un retour salvateur pour aider l’ESS à retrouver l’élite, avant de raccrocher définitivement les crampons. Il laisse derrière lui l’image intacte du « Sorcier du ballon ».

Récit adapté d’un texte de Omar Mokhtar Chaâlal.