Histoire de Sétif : De l'Antiquité à nos jours

Sétif : De la "Sitifis" romaine à la citadelle du nationalisme

Bien avant que les premières pierres des cités ne soient posées, la région de Sétif était déjà un foyer de vie humaine intense. Le gisement d'Ain El-Hanech nous rappelle que nous sommes sur l'une des terres les plus anciennement habitées au monde, faisant de Sétif un témoin privilégié de l'aube de l'humanité.

L'Antiquité : Le grenier de Rome

Sous l'Empire romain, la ville portait le nom de Sitifis. Fondée comme une colonie de vétérans sous le règne de l'empereur Nerva, elle devint au IIIe siècle la capitale de la province de la Mauretania Sitifensis. Sétif n'était pas qu'une simple garnison ; elle était le cœur battant d'une région agricole fertile, véritable grenier à blé de Rome. Cette période a laissé des traces indélébiles sur la ville de Sétif à travers l'histoire, notamment avec ses remparts byzantins qui témoignent des efforts pour protéger cette cité stratégique contre les invasions.

Le Moyen-Âge : Le berceau des fatimides

Un aspect souvent méconnu de l'histoire de Sétif est son rôle crucial dans l'Islam médiéval. C'est dans la région des Babors, au nord de Sétif, que la tribu berbère des Koutama a prêté allégeance au mouvement Fatimide. C'est d'ici qu'est partie la conquête qui allait mener à la fondation du Caire et d'un empire s'étendant jusqu'au Proche-Orient. Sétif était alors une plaque tournante entre l'Orient et l'Occident maghrébin.

L'époque coloniale et les bouleversements urbains

Au XIXe siècle, la colonisation française transforme radicalement le visage de la ville. Sétif est redessinée selon un plan militaire strict, "à la française". Cette période voit naître des institutions comme le Lycée Kerouani (anciennement lycée Albertini) et des organes de presse comme le journal Le Petit Sétifien. C'est aussi l'époque de la Compagnie genevoise, une expérience de colonisation suisse qui a marqué l'aménagement des terres agricoles environnantes. Plus tard, la gestion de la population locale mènera à des transformations urbaines complexes, créant des quartiers de recasement comme Bel-Air, nés d'une volonté de contrôle mais devenus des foyers de vie populaire.

Le 8 Mai 1945 : Le sacrifice de l'éveil

On ne peut comprendre Sétif sans ressentir le poids de sa mémoire. Le 8 mai 1945, alors que le monde célébrait la fin du nazisme, Sétif devenait le théâtre d'une tragédie sanglante. Les massacres du 8 mai 45 ont marqué une rupture définitive entre l'Algérie et l'ordre colonial. L'engagement des scouts du Groupe Saada et la détermination de la jeunesse sétifienne ont transformé cette douleur en un moteur pour la révolution de 1954.

Aujourd'hui, parcourir les sites historiques de la région, c'est lire à livre ouvert l'histoire d'une cité qui a su rester debout, de la préhistoire à nos jours, en conservant son identité de ville carrefour, savante et rebelle.